L’objectif d’Orphelins Vers l’Emploi, Organisation Non Gouvernementale ivoirienne, est d’assurer l’insertion sociale et professionnelle des jeunes orphelins, filles et garçons, après leur prise en charge par les orphelinats publics ivoiriens.

Cette prise en charge s’arrête au seuil de l’adolescence. A ce moment-là les jeunes orphelins, fragiles et seuls, sont en danger. Ils deviennent alors des laissés-pour-compte démunis présentant un risque social élevé (lire ci-dessous).

Par ailleurs l’emploi des jeunes et la garantie d’un pays paisible conditionnent la politique de croissance inclusive conduite par l’État ivoirien. La prise en charge sociale et l’insertion professionnelle des adolescents orphelins par Orphelins Vers l’Emploi se trouvent en adéquation avec la stratégie d’émergence du pays (lire ci-dessous).

Grâce aux revenus tirés d’une entreprise agricole, Orphelins Vers l’Emploi prendra en charge une structure d’accueil et d’insertion pérenne et autonome des adolescents orphelins issus des orphelinats publics.

Les orphelins de Côte d’Ivoire

L’UNICEF estime pour 2010 à 1 500 000 le nombre d’orphelins1 en Côte d’Ivoire, soit 15 % des enfants de 0 à 17 ans2 et 6,6 % de la population totale du pays. Un tiers est devenu orphelin à cause du SIDA. 25 % d’entre eux sont des orphelins de père et de mère. 56 % des orphelins doubles vont à l’école, contre 67 % pour les autres enfants. Un enfant ivoirien de 14 à 25 ans sur 4 est orphelin de père et/ou de mère.

Dans la région de l’Afrique de l’ouest, la progression du nombre d’orphelins en 20 ans (1990-2010) est de + 42 %. Les familles africaines élargies prennent en charge 9 enfants sur 10 environ. Cette proportion est variable selon les pays mais tend globalement à baisser, ce système de soutien traditionnel pourtant reconnu comme performant3 s’avérant aujourd’hui submergé4.

Le portail officiel du gouvernement de Côte d’Ivoire fait état d’une quarantaine de structures, la plupart privées, qui s’occupent des orphelins que le tissu social ne peut absorber5. L’État les a convoquées en mai 2015 pour réglementer le secteur par une politique d’agrément conditionnée par le respect de bonnes pratiques. Si Orphelins Vers l’Emploi entend nourrir des relations de bon voisinage avec ces structures, son activité se concentrera sur les enfants issus des deux orphelinats publics, dans le strict respect de la réglementation d’État.

La Côte d’Ivoire possède deux orphelinats publics qui accueillent en pension complète les enfants orphelins simples ou doubles, selon une liste d’admission établie par une commission ministérielle : celui de Bingerville (250 garçons environ), et celui de Grand-Bassam (130 filles environ).

A la fin du cycle primaire ou à l’âge de 15 ans au plus tard, la réglementation ivoirienne dispose que les enfants doivent quitter l’orphelinat. Ils sont alors placés en famille d’accueil. Mais ces dernières sont en nombre insuffisant.

Chaque année 20 à 30 enfants6, soit plus de la moitié d’une promotion, ne peuvent faire l’objet de placement. Ils restent alors à l’orphelinat qui en fonction des ressources disponibles, permet à un nombre limité d’entre eux, soit de continuer une scolarité en collège, soit d’attendre une hypothétique sortie en s’occupant des plus jeunes. Ces palliatifs sont officieux et relèvent du seul bon vouloir des directeurs des orphelinats, qui ne reçoivent à cet effet aucune dotation spécifique7 8.

Surtout, ils ne concernent pas tous les adolescents laissés-pour-compte. Ces derniers, surtout les orphelins doubles, sont contraints de s’en remettre à des rencontres de hasard, ou survivent à Abidjan comme enfants de la rue, acteurs ou victimes potentiels des faits de délinquance urbaine, alimentant un climat d’insécurité de plus en plus anxiogène. Partout où le phénomène a été étudié en Afrique subsaharienne, les orphelins représentent la moitié des enfants des rues9.

On pense ici au phénomène actuel des « microbes », enfants et adolescents des rues d’Abidjan, délinquants parfois violents qui terrorisent les populations de certains quartiers. Aucun témoignage écrit ou oral n’a été recueilli dans le sens d’une preuve de leur relation avec les anciens pensionnaires des orphelinats. Mais les habitants d’Abidjan auxquels la situation de ces derniers a été exposée ont tous, sans exception, établi une relation de causalité avec les « microbes ». C’est pourquoi l’action d’Orphelins Vers l’Emploi peut aussi être analysée sur le terrain d’une contribution à la baisse du sentiment d’insécurité et de la délinquance dans la capitale ivoirienne.

Aujourd’hui aucune solution n’est officiellement proposée aux 20 à 30 enfants concernés chaque année, ni au niveau social pour leur vie de jeune, ni au niveau académique pour leur future insertion professionnelle. Orphelins Vers l’Emploi propose d’investir cet espace vide de politiques publiques, en collaboration avec les institutions ivoiriennes de l’enfance et de la famille.

L’emploi et l’insertion professionnelle des jeunes, priorités nationales

Forte d’une croissance économique de 9 % ces dernières années et d’un environnement international plutôt favorable, la Côte d’Ivoire envisage l’émergence économique à l’horizon 2020. Les politiques publiques que l’État conduit dans le Plan National de Développement 2016-2020 vont en ce sens, en particulier avec un investissement public stimulant pour les acteurs privés et une politique financière rassurante pour les marchés.10

Cependant11 sur les 30 dernières années la pauvreté ne recule pas : la moitié des Ivoiriens disposent de moins de 737 FCFA par jour, soit un taux cinq fois supérieur à celui de 1985 et sensiblement identique à celui de 2012.12 La plupart des emplois occupés sont de médiocre qualité et génèrent des revenus insuffisants, et de plus la population active s’accroît de façon beaucoup plus importante que l’offre d’emploi. Le risque encouru est celui d’une crise sociale majeure dans un pays à deux vitesses.

Le partage inclusif de la croissance apparaît donc comme la condition première d’un climat social paisible pour l’émergence économique. Les priorités des politiques publiques de l’emploi conduites par l’État en Côte d’Ivoire vont en ce sens. Dans un pays de 23 millions d’habitants dont 17 millions de moins de 35 ans13, les jeunes sont les premiers concernés.

63,2 % de la population en âge de travailler est âgée de 14 à 35 ans14. En 201215 59,2 % des jeunes (14-35 ans) sont des actifs occupés, 8,3 % des chômeurs et 32,5 % des inactifs. 63 % des jeunes de sexe masculin et 55,4 % de sexe féminin sont occupés. Plus de 9 jeunes sur 10 travaillent dans le secteur informel.

Les jeunes de 14-35 ans sont la catégorie sociale la plus touchée par le chômage (les trois quarts des chômeurs ont moins de 35 ans16), le travail précaire et le sous-emploi. Leur revenu mensuel moyen est de 81 % du SMIG17, celui des jeunes femmes étant deux fois plus faible que celui des jeunes hommes. Les emplois « vulnérables »18 concernent plus de 6 jeunes actifs occupés sur 10. Le taux de « découragement »19 chez les jeunes de 14 à 24 ans atteint 39,1 %. Les 21,7 % des 14-35 ans qui ne sont ni en emploi, ni en éducation, ni en formation constituent le groupe dans lequel le risque est le plus élevé.

Le manque de qualification et d’expérience professionnelle des jeunes est aggravé par des handicaps tenant à leur origine nationale ou ethnique, leur milieu socio-économique, leur niveau d’instruction et l’inadéquation formation-emploi, les problèmes de santé dont le VIH, tout ceci sur fond de protection sociale insuffisante.

Conscient de cette situation, le gouvernement de Côte d’Ivoire a mis en place une politique vigoureuse en faveur de l’emploi des jeunes au travers de la création d’un ministère spécifique, d’un guichet unique avec l’Agence Emploi Jeunes (AEJ) et de priorités reconnues par le Plan National de Développement de la Côte d’Ivoire 2016-202020.

Le ministre affiche l’ambition de réduire de 25 % en 5 ans l’effectif de jeunes en difficulté vis-à-vis de l’emploi. En matière d’insertion, les mesures concernent des formations complémentaires qualifiantes, les stages, l’apprentissage et l’insertion des jeunes inactifs par l’emploi temporaire dans les Travaux à haute intensité de main d’œuvre (THIMO).

1 Orphelins de père, de mère ou orphelins doubles (père et mère), selon la comptabilisation UNICEF, Les générations orphelines et vulnérables d’Afrique, 2006, p 4 à 9 et 40 à 42

2 UNICEF, Les générations orphelines et vulnérables d’Afrique, 2006, p 36

3 Les enfants au bord du gouffre, ONUSIDA-UNICEF-USAID 2004, p 22

4 UNICEF-ONUSIDA, Les générations orphelines d’Afrique, p 13

5 « Pouponnières et orphelinats privés : la ministre Anne Ouloto met de l’ordre dans le secteur », Portail officiel du gouvernement de Côte d’Ivoire, 26 mai 2015, http://www.gouv.ci/_actualite-article.php?recordID=5676&d=3

6 Selon M. Marcel Legré, directeur de l’orphelinat de Bingerville, entretien avec l’auteur, septembre 2016

7 Interview de Mme Philomène Koné, directrice de l’orphelinat de Grand-Bassam, www.femmesensante.e-monsite.com/pages/coup-de-coeur : « En fait l’an dernier [2006, ndlr] j’ai pris 23 collégiens parce que j’avais moins d’enfants du primaire. Eux sont prioritaires et sont là de façon officielle. Alors que les collégiens, leur présence ici, c’est pour régler un problème. L’après-orphelinat ne les a pas pris en compte. Mais en tant que mère et humaine, on ne peut pas laisser ses enfants se perdre en chemin. On ne peut pas arrêter en si bon chemin une telle action. Ces collégiens sont là en fait selon le bon vouloir des directeurs. On ne peut pas laisser pour compte des enfants qui ont eu l’entrée en 6ème chez nous et qui ne savent pas où aller. Les collégiens ne passent par la commission [ministérielle d’admission, ndlr]. Moi je le fais parce qu’on a de l’espace. Il y a même un bâtiment qui a été construit pour ces collégiens. Je l’ai trouvé construit. C’est à l’entrée sur la droite. Mais il n’est pas encore utilisé. Cette construction fait partie d’un don qui comprenait également 20 lits. Ce sont ces lits qui nous ont permis d’équiper un dortoir pour les collégiens.

Question – Ils ne sont pas prévus, donc ils ne sont pas prévus au budget que l’État alloue à l’orphelinat. Cela doit faire des charges supplémentaires, comment faites-vous ?

– Bien sûr que cela entame notre budget, mais ce serait un peu comme une symphonie inachevée si on n’aide pas ces enfants qui ont eu l’entrée en 6ème chez nous et qui n’ont nulle part où aller. Et on demande des aides au cas par cas selon nos besoins »

8 « Côte d’Ivoire: vétustes, les orphelinats d’Abidjan appellent l’Etat à l’aide», Jeune Afrique, 20 avril 2009

9 Les générations orphelines d’Afrique, UNICEF, p 23, 2004

10 Banque mondiale « La force de l’éléphant » 2015, p vii

11 Banque mondiale « La force de l’éléphant » 2015 p 17 et suiv.

12 De 2012 à 2015, chaque point supplémentaire de croissance génère une diminution de 0,3 % seulement du taux de pauvreté. En valeur absolue, il y a aujourd’hui dans le pays 935 000 pauvres de plus qu’en 2008. L’effet des investissements sur les revenus des ménages pourrait cependant se faire sentir de façon plus sensible dans les années à venir. Banque mondiale « La force de l’éléphant » 2015, vii et p 17 à 19

13 Le courrier du gouvernement N°98 – Juin 2016 – Interview de M Sidi Tiémoko TOURE, Ministre de la promotion de la jeunesse, de l’emploi des jeunes et du service civique.

14 C. T. Kouakou et A. T. Koba, L’emploi des jeunes en Côte d’Ivoire, Fondation MasterCard-CRDI (Canada), 2015, p 5.

15 AGEPE, Situation de l’emploi en Côte d’Ivoire en 2012, rapport de synthèse, juillet 2013, p 13

16 Le courrier du gouvernement N°98 – Juin 2016 – Interview de M Sidi Tiémoko TOURE, Ministre de la promotion de la jeunesse, de l’emploi des jeunes et du service civique.

17 Le SMIG est de 60 000 FCFA par mois, le revenu mensuel moyen des jeunes de 48 688 FCFA. AGEPE, Situation de l’emploi en Côte d’Ivoire en 2012, rapport de synthèse, juillet 2013, p 13

18 Travailleurs indépendants et travailleurs familiaux non rémunérés, selon la définition de l’AGEPE, op.cit., p 15

19 Jeunes sans emploi qui ne recherchent pas de travail, op. cit. p 16

20 Le courrier du gouvernement N°98 – Juin 2016 – Interview de M Sidi Tiémoko TOURE, Ministre de la promotion de la jeunesse, de l’emploi des jeunes et du service civique.

 

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